Il suffira d'un signe, par Lou
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Il suffira d’un signe ?…
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J.F. Goldman-Radio Nostalgie
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Prosper dort encore, mais il est si fatigué ! Je viens de me réveiller sur un grand rêve que cette lettre vient interrompre. Je ne vous en veux pas car ça allait mal tourner. Nous habitions une grotte à proximité d’une fête et on venait de nous cambrioler… Je vous rassure, pas grand chose de volé ! Nous n’avions que du mobilier acheté au Troc de l’Ile et cette fois, je n’avais pas laissé mon diapason, ni mes chers livres. On m’a volé mes hérissons en plâtre et une écumoire, je me demande ce qu’ils vont en faire, ça vaut peanuts… Je trouve cela ridicule…
Donc, rien de grave ! Un vol est toujours un viol et si j’accepte qu’on dérobe de la nourriture pour survivre à défaut de pouvoir l’acheter ou en fabriquer, j’ai toujours trouvé très lâche et sournois de profiter d’une absence pour venir fouiller et parfois saccager un nid d’humains. Je m’insurge lorsqu’on considère dans l’opinion publique qu’il s’agit de dégâts collatéraux dues aux pulsions humaines ordinaires, assimilées à des invariants de la vie en commun, à un instinct de pillage et de curiosité irrépressibles. Prosper a l’air sinon de cautionner, d ‘excuser ou de banaliser ces déboires et ça me hérisse le poil. Comme l’écrivait Claude Esteban dans un poème : Dans la mémoire des autres / nos blessures / guérissent toujours . Nous ne serions donc que des animaux prédateurs en plus pervers ? Oh la la , ça me fatigue toute cette complaisance envers le débordement . Qui vole un bœuf vole aussi l’œuf ! Il se vole lui-même in fine, car sans œuf on aura jamais la poule. Et sans poule le renard s’ennuie ! Il est obligé d’aller chercher un Petit Prince dans le désert et là encore ça vire au drame. Pas de RTT pour l’allumeur de réverbère, ni personnel supplémentaire pour arroser la rose. Comment voulez-vous qu’on ne soit pas stressés ? Vilhelm , un ami peintre et sourd me le dit souvent : arrête de prendre la planète sur tes épaules et de garder ta naïveté, lis les cyniques et les pessimistes moqueurs, prends la mesure de tout ce foutoir, de sa violence et bouche-toi les oreilles et fais ce que tu as à faire ! Je suis une femme et je vois qu’il y faut trois fois plus d’énergie dans ce monde sexiste et inique. J’ai même lu récemment qu’une femme brimée doit envisager d’aimer son oppresseur pour l’importance qu’il lui donne en la choisissant comme objet de dépendance. C’est la vieille dialectique Hégélienne du Maître et de l’Esclave. Je me fais chambrer chaque fois que je dis ça . On me dit que dans les sociétés modernes la parité augmente et qu’il faut arrêter de se plaindre. N’empêche qu’une femme enceinte qui doit larguer son bébé pour faire carrière n’est pas très à l’aise dans ses talons aiguilles. Je caricature, mais c’est ça. Tout le monde veut sa place au soleil des vitrines de la consommation et on se fout des conséquences. Les mômes sont comme les petites tomates qu’on élève comme des bonsaïs et à qui on coupe toutes les velléités de dépendance charnelle au berceau. J’admire les femmes qui revendiquent l’allaitement et les hommes qui portent les nourrissons comme des trésors. Encore faut-il que le temps passé à éduquer ne soit pas sans cesse volé par l’employeur. Il y a des étapes de développement à accompagner de façon mixte . Ce qui me fait le plus peur en ce moment , c ‘est la montée des pratiques ségrégatives religieuses qui donnent carte blanche à un Dieu hypothétique et inaccessible (son téléphone est décroché ! ). Elles justifient le retour d’ une asymétrie des rôles domestiques. On n’est pas sortis de l’auberge et quand je pense aux bagarres de nos aînées pour le droit élémentaire à disposer de son corps et à décider de sa fertilité, j’ai l’impression que pas mal de choses sont à refaire. C’est le fric qui dicte tout, et on fabrique des frustrés en grandes séries.
Vous m’avez l’air bien guilleret tous les deux, dans vos vignes. Nous on vit en ville , l’odeur des caves à fromage et à vin nous manquent. Nous essaierons de vous rendre visite cet automne, en attendant je continue de feuilleter le livre sur Camille où j'admire encore cette petite sculpture de femmes assises ( qui complotent peut-être … Qui sait avec ces créatures imaginatives ?).
En attendant, écrivons-nous ! J’espère que Prosper va s’y mettre.
Je vous embrasse pour nous deux.
Prenez soin de votre dos, nous viendrons vous donner un coup de main, mais gardez-nous quelques bouteilles des Vendanges d’Octobre (Le vin des femmes dit Prosper , un peu railleur…) car sans carburant on ne tient ni distance, ni rang …


Rédigé par: jau jacqueline | le vendredi 02 mai 2008 à 11:21